Lot 758 – Côte d’Ivoire
IIIème République (1871-1940)
Médaille en argent – 1907 – H. Allouard – Poinçon, Corne 1 Argent
Compagnie française de l’Afrique occidentale
Attribué en relief, L. Barthe Agent-Principal, Côte d’Ivoire 1893-1907
Magnifique exemplaire
Dans son coffret d’origine inscrit « C.F.A.O »
85.32g – 60mm
FDC – MS
Cette médaille rend hommage à un homme resté remarquablement discret dans les archives, malgré la place qu’il a occupée sur le terrain. Louis Barthe dirige, à partir de 1893, le comptoir de la Compagnie Française de l’Afrique Occidentale à Grand-Bassam, alors capitale de la toute jeune colonie de Côte d’Ivoire, tout juste rattachée à la France cette année-là. La CFAO elle-même descend des Établissements Verminck, fondés à Marseille en 1852, avant de prendre son nom actuel en 1887 sous l’impulsion de Frédéric Bohn ; c’est cette maison que Barthe représente et fait vivre au quotidien, à une époque où Bassam n’est encore qu’un comptoir de bord de lagune, accessible uniquement par un wharf battu par la barre, cette houle redoutée qui rendait tout débarquement périlleux. Pendant que les gouverneurs se succèdent à la tête de la colonie, lui reste en poste, année après année, gérant les échanges entre l’Europe et l’intérieur des terres, seize ans au moins d’affilée d’après ce que l’on peut vérifier, puisqu’un journal colonial de mars 1909 le cite encore, nommément, parmi les commerçants notables de Bassam venus accueillir le gouverneur général Merlaud-Ponty en visite officielle, et présents au grand banquet donné en son honneur à l’hôtel Schneider. C’est une longévité peu commune pour l’époque et pour le climat, dans un poste où beaucoup d’Européens repartaient rapidement, malades ou découragés. Le nom de Barthe finira par transcender l’homme lui-même : plus d’un demi-siècle après son passage, la CFAO donnera son nom à une avenue d’Abidjan, puis, en 1963, à la grande galerie marchande en libre-service dans laquelle elle transforme ses anciens comptoirs traditionnels de la ville, les Galeries Louis Barthe, modèle qui sera ensuite repris en Guinée, au Cameroun, au Liberia et au Ghana. Curieusement, c’est à peu près tout ce que les sources disponibles permettent aujourd’hui de reconstituer avec certitude : l’homme qui a passé au moins seize ans de sa vie à bâtir, sur le terrain, l’appareil commercial d’un pays entier, et dont le nom a continué à désigner des lieux bien vivants à Abidjan plusieurs décennies après sa disparition des registres, reste lui-même une silhouette presque sans visage, sans date de naissance ni de mort connue, sans récit de vie — seulement une fonction, un lieu, et une fidélité de plusieurs années à un poste que peu de ses contemporains tenaient aussi longtemps.
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